Audrey Molinatti's mermaid

Alors que je suis dans le milieu du fanzinat, je n'avais pas encore fait ici de critique de fanzine, un comble! Voilà qui est réparé avec  I used to be a mermaid  ( traduisible par « je fus une sirène » ou « j'ai été une sirène »).

Audrey Molinetti nous offre sa version à elle du célèbre conte d'Andersen : loin de l'ado mélancolique incomprise par sa famille, la sienne est seule, autonome, insouciante et hédoniste, profitant des plaisirs de la vie sous-marine ; ensuite, nul besoin d'une sorcière pour se transformer et acquérir des jambes, et à la place d'un beau prince évaporé qui rêve d'une autre, c'est un pirate, véritable gibier de potence (mais beau aussi quand même, hein!), qu'elle sauvera et qui sera assez reconnaissant pour l'aimer et l'épouser...

 

Audrey Molinatti i used to be a mermaid p2

 

 

Ca commence plutôt bien, et on a une bonne moitié du livret qui est consacrée aux images de la vie idyllique d'avant l'humanité. Mais le côté triste et cruel (comme le proclame la page de titre, "sad and cruel") de l'histoire originale reste bel et bien, et vous découvrirez de quelle manière cette petite sirène-là, tout aussi anonyme que son modèle, est autant condamnée au malheur qu'elle ; une manière moins magique, qui peut faire écho à la réalité vécue par de nombreuses jeunes femmes à travers le monde...

 

Le côté métaphorique du conte, avec le passage de l'enfance à l'âge adulte, fonctionne à plein dans cette relecture nettement plus féministe ( on peut remarquer sur la couverture la taille à la morphologie réaliste de cette mutine créature à la chevelure émeraude, loin de la silhouette en sablier impossible de l'Ariel disneyienne) que l'originale : indépendance semble être le mot qui caractérise cette jeune femme volontaire, et si son choix entraîne des larmes et des regrets, elle ne peut qu'assumer, sans pouvoir finir ni en écume ni en évanescente fille des airs, et protéger le souvenir que son éphémère pirate lui a laissé...

 

Cette sirène-là est donc en plus bilingue : français, et anglais ainsi que l'indique le titre ! Les textes sont courts (non exempts de fautes, mais rien qui pique vraiment les yeux) et la maquette est limpide : une page de texte ( avec parfois des décorations), avec en face une illustration pleine page. Le style d'Audrey Molinatti est plutôt réaliste, avec néanmoins une souplesse de trait qui caresse l'oeil. Ses dessins ne sont pas encrés et sont tout en niveaux de gris retouchés à l'ordinateur, ce qui donne un rendu assez doux mais pas toujours net. On sent certaines pages plus travaillées que d'autres, conservées en crayonné pur... Heureusement il n'y a pas de défaut d'impression pouvant gâcher la lisibilité des images.
 

 

 

Audrey Molinatti i used to be a mermaid p7

 

Le format à l'italienne, horizontal, permet de profiter des compositions claires et efficaces, qui mettent en valeur l'héroïne, ou les paysages qu'elle traverse. Des petits dessins, (coquillages, ancre) ponctuent les textes. La calligraphie du titre est élégante, par contre pas tout à fait compréhensible pour le « I », qui ressemble un peu à un « L ». La reliure agrafée coupe en deux l'illustration de couverture, turquoise et attrayante, impimée sur un papier au toucher doux et mat.

 

Bref un fanzine charmant, de bonne qualité et une lecture qui devrait plaire à tous, fans de sirènes ou pas ! Son seul défaut serait d'être un peu court (36 pages)...

Si vous voulez voir d'autres images de ce fanzines, il y en a ici, et pour en savoir plus sur l'auteure et ses autres réalisations ça se regarde sur son tumblr.

 

 

Audrey Molinatti I used to be a mermaid p 32