Cela faisait longtemps que je n'avais posté de critique de livre, je recommence avec un sympathique album jeunesse!

 

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Le réseau Canopé, anciennement Centre National de Documentation Pédagogique, est un établissement public, dépendant de l'Education Nationale, qui édite des ouvrages à l'attention des enseignants et des parents. La branche aix-Marseille de ce réseau s'est associée avec les éditions de l'Elan Vert, une maison de livres jeunesse, afin de lancer la collection Pont Des Arts, des histoires uniques inspirées chacune par une œuvre d'art, qu'il s'agisse des peintures rupestres, d'une sculpture romaine antique, d'une tapisserie ou d'une miniature médiévale, ou de tableaux, de la Renaissance au vingtième siècle...


Et ici c'est un grand tableau de papiers gouachés et découpés, « La perruche et la sirène », conçu par Matisse en 1952 et exposé au Stedelijk Museum d'Amsterdam, qui constitue le point de départ du livre, paru en 2015, 42ème livre sorti sur ce principe.

 

tableau de Matisse la sirène et la perruche au musée

source de la photo: http://www.amsterdamart.com/activity/the-oasis-of-matisse

 

Contrairement au tableau, c'est la sirène que l'on voit en premier, au sein des calmes eaux marines. Puis la tempête arrive et la laisse, handicapée par sa queue de sirène au sommet d'un arbre... tout en admirant un paysage qu'elle n'avait jamais pu voir que de la plage auparavant, elle laisse éclater son désarroi ; c'est là qu'arrive un prince perruche...

 

premières pages de la perruche et la sirène

la tempête de la perrruche et la sirène

 

Veronique Massenot invente un conte de fées sans fées, où la sirène est bien loin du monstre assassin et la perruche devient un prince oiseau à qui la compassion et l'amour donneront, non point des ailes puisqu'il en a déjà, mais... je vous laisse la surprise !
Véronique Massenot déclare dans le complément de fin s'être inspirée d'une autre œuvre du vingtième siècle, musicale celle-là : la ravissante et guillerette chanson de Juliette Gréco, « un petit poisson un petit oiseau »... Une chanson particulièrement adaptée à la situation, avec sa fin, hymne à l'amour hybride.

J'ai apprécié l'ambivalence de la situation de la sirène : à la fois émerveillée par la découverte du nouvel univers, et désespérée par une position qui semble sans issue. C'est un peu dommage que la perruche soit un prince oiseau plutôt qu'un simple oiseau parmi les autres, mais c'était sans doute pour souligner le fait qu'il s'agisse d'un oiseau de sexe masculin, et un prince fait peut-être aussi plus rêver les enfants (qui ont été un peu auteurs de l'histoire puisque c'est lors d'un atelier écriture en classe maternelle que le conte a été conçu). J'ai aussi trouvé un peu dommage que la sirène soit réduite à l'état de simple demoiselle en détresse, sans pouvoir sur l'élément marin...

 

chagrin de la sirène

 
Côté dessin, Vanessa Hié recrée une sirène un peu épaisse, sensuelle et terrienne, qui ferait un peu plus penser aux tahitiennes de Gauguin qu'à la silhouette élancée et stylisée découpée par Matisse, mais belle et expressive. Elle ne lui a pas caché les seins mais sans les exhiber non plus, en en faisant une ondine naturelle... Enfin le traitement graphique lui-même est des plus réussis, en réutilisant les couleurs vives des papiers gouachés (avec ceci de différent qu'elle les a faits à l'acrylique) de Matisse, leur ajoutant de riches textures, et les agençant avec des formes similaires.

 

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Bref un album, qui, s'il cède au schéma de demoiselle passive sauvée par le beau prince, se sert de la morphologie de la sirène pour justifier l'action et mêle intelligemment les univers aériens et marins, tout en faisant l'éloge de la différence et de la solidarité, et présente le déracinement comme possible source d'amour... Le tout avec de très jolies illustrations pour ne rien gâcher :) Et à la fin un petit making-of de l'album, avec la bio de Matisse, nous donne des clés pour l'apprécier un peu plus...   A ajouter sans regret à votre sirènothèque!  

Voici la fiche du livre sur Babelio, vous pouvez y retrouver ma critique.